La recherche, un terrain de jeu pour le designer-facilitateur?

Par Trajectoire, le 24 mai 2016.

(Partie 1)

Bien que plusieurs d’entre nous voient les milieux de la recherche comme des alliés potentiels afin de réaliser nos missions, il n’est pas toujours facile de créer des ponts. Avec l’impression de ne pas toujours parler le même langage, les organismes communautaires se laissent parfois décourager par la vision traditionnelle que nous avons des chercheurs. Ayant nous-mêmes eu longtemps ce sentiment, nous avons placé dans nos priorités de poursuivre nos efforts pour oser un rapprochement. En développant un nouveau projet comme Trajectoire, nous voulions trouver des complices du milieu de la recherche pour en évaluer les impacts et étions curieux de voir la place qu’elle pourrait tenir dans les nouvelles pratiques que nous y expérimentons. Nous avons fini par rencontrer l’Institut sur le vieillissement et la participation sociale des aînés (IVPSA) de l’Université Laval, engagée dans cette voie, et nous sommes maintenant témoins des ponts qui se construisent entre le terrain et la recherche.

En effet, nous partageons avec eux l’idée que les chercheurs, les intervenants du terrain et les personnes concernées doivent entrer davantage en conversation afin de tendre vers la co-construction et ainsi produire du matériel de recherche davantage ancré dans les réalités des usagers. En plus d’augmenter la pertinence des résultats, cette pratique, qu’on nomme recherche participative, a également un plus grand potentiel d’appropriation par le terrain et d’impact sur les pratiques courantes puisque les gens du terrain ont une plus grande place dans le processus. Nous nous impliquons donc dans leur projet de développement de partenariats qui vise à rassembler chercheurs, étudiants, citoyens et organismes communautaires autour de cette pratique. Nous y apportons entre autres notre contribution comme membre avec les méthodes d’intelligence collective, au moment d’organiser des évènements, afin que nos façons de se rencontrer contribuent elles aussi à ce rapprochement.

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À l’intérieur des espaces de réflexion que ce projet a ouverts, Trajectoire a commencé à réfléchir au concept de la recherche participative. Contrairement à la recherche traditionnelle, l’intention ici est de partager le leadership entre tous les acteurs et de valoriser tous les types de savoir présents. Toutefois, une des plus grandes barrières face à cela, est que plusieurs acteurs auront le réflexe de valoriser davantage les idées des chercheurs que les leurs. Même en démontrant une grande écoute et une grande ouverture, si tout au long du processus le chercheur est en plus celui qui est en charge d’animer les rencontres et les groupes de discussions, il devient difficile qu’il soit perçu comme un acteur au même niveau que tous. Au lieu de se sentir « cherchés » par les chercheurs, comment peut-on amener les personnes concernées à réfléchir à la problématique elles aussi?

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Parallèlement à ça, lorsque Trajectoire travaille en mode intelligence collective, n’est-ce pas le rôle du facilitateur de favoriser le partage du leadership et la diversité des points de vue? En effet, les mécanismes de nos rencontres sont réfléchis afin d’ouvrir une réelle conversation et d’oublier nos titres professionnels. De plus, l’intention du processus de la recherche participative vise à produire un résultat de recherche ancré dans les besoins réels du terrain, tout comme dans la pensée design, qui teinte beaucoup l’approche de Trajectoire. Pourrions-nous alors imaginer ce genre de projet de recherche comme un projet de design avec l’aide d’un designer-facilitateur dans le processus?

C’est une discussion que nous avons eu avec un étudiant-chercheur s’impliquant lui aussi dans le partenariat en recherche. Très réceptif à cette idée, il a rapidement vu la complémentarité possible entre sa pratique et la nôtre. Après tout, dans une rencontre de groupe, le chercheur est à son plein potentiel s’il peut observer, écouter, réfléchir, réagir et moins lorsqu’il doit s’improviser animateur pour le groupe. Si le facilitateur devenait donc le canalisateur des entretiens, ne permettrait-il pas au chercheur de prendre ce pas de recul nécessaire afin que tous sentent la pleine valeur de leur rôle? Avec son expérience en design de processus, il serait aussi un acteur utile pour réfléchir au processus de la recherche et aider à avancer au fil des apprentissages.

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Alors qu’il était sur le point de démarrer le processus terrain de son projet de recherche à la maîtrise, Pier-Luc Turcotte, l’étudiant-chercheur en question, y a vu une opportunité pour expérimenter la posture du facilitateur-designer dans la recherche participative. Il nous a donc invité à en faire partie et, ensemble, nous explorons comment les façons de faire de Trajectoire peuvent prendre forme dans ce contexte et si elles augmentent le potentiel du projet à faire émerger des réponses pertinentes. C’est, pour Trajectoire, le début d’une belle aventure, demeurez à l’affût pour connaître les suites de ce projet.

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